Et sinon, vous pensez quoi de l'amnistie de Guy Drut ? Le pote-président qui est là pour veiller à la bonne réputation d'un symbole de la Nation (avec un grand N)... Non, sérieusement, je me demande si Chirac ne le fait pas exprès. Peut-être veut-il couler complètement la droite pour être sûr que son très cher ami Sarkozy ne soit jamais président... En tout cas, l'affaire a fait beaucoup de bruit tant à droite qu'à gauche.Petit rappel (le Monde, 27 mai 2006).
Dans la longue série des faits du prince qui jalonnent l'histoire de France, y compris depuis l'avènement de la République, on appelle cela une lettre de cachet à l'envers. Jacques Chirac, qui achève son mandat dans des conditions calamiteuses, a accordé, par un décret non publié au Journal officiel, « une mesure d'amnistie individuelle » à Guy Drut, qui avait été condamné, le 26 octobre 2005, à quinze mois de prison avec sursis et 50 000 euros d'amende dans l'affaire des marchés publics d'Ile-de-France. L'ancien champion olympique, ancien ministre et député UMP, avait été suspendu, le 9 décembre 2005, de toutes ses prérogatives de membre du Comité international olympique.Dans cette affaire, on retrouve le chef de l'Etat - lui-même préservé, du fait de sa fonction, par une totale irresponsabilité pénale - en début et en fin de chaîne. Les débats de la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris avaient bien démontré que c'est « à la demande de la Mairie de Paris », alors dirigée par M. Chirac, que M. Drut a bénéficié, en 1990, d'un emploi fictif à la Sicra, entreprise de bâtiment et de travaux publics, qui lui a permis d'empocher pour son « apport relationnel » la modique somme de 118 000 euros ! (774 047 francs), avant qu'on se prive de ses « services » en 1993. Avec une arrogance qui avait choqué le tribunal, M. Drut avait justifié cette absence de travail en mettant en avant sa « stature », se définissant comme « une espèce de clé pour ouvrir les portes » et ajoutant que « la technique, ce n'était pas son affaire »...
M. Chirac se trouvait donc à l'origine de l'emploi fictif de son protégé. Il se permet aujourd'hui de le blanchir de sa faute. Et c'est sans doute parce que M. Drut était assuré de son impunité, comparable en l'espèce à celle du président de la République, qu'il avait offert une nouvelle preuve de sa désinvolture en s'abstenant d'afficher sa « stature » le jour de sa condamnation.
Cela est plus qu'indécent, détestable. Certes, le chef de l'Etat s'appuie, en l'occurrence, sur une loi de 2002 élargissant le champ de l'amnistie présidentielle aux personnes ayant rendu des « services à la nation dans le domaine des arts, des lettres et des spor ts ». Mais, à l'époque, déjà, cette disposition avait choqué et elle avait été précisément qualifiée d'« amendement Drut ».
Cette amnistie est d'autant plus ahurissante qu'elle intervient en pleine affaire Clearstream et alors que l'image des responsables politiques se dégrade sondage après sondage. Comment ne viendrait-elle pas alimenter un peu plus le thème du « Tous pourris ! », cher au populisme ? Pierre Lellouche, député UMP de Paris, n'a pas tort de se demander « si nous ne sommes pas en train tous ensemble d'aller droit dans le mur en klaxonna nt ». On a du mal à imaginer comment la présidence qui s'achève pourrait tomber plus bas.












